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COP21, le marathon

 Sadio Sangharé Article de Presse
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COP21: un marathon à l'issue incertaine

Les belles déclarations des 150 chefs d'État et de gouvernement ne suffiront pas à garantir le succès des rudes négociations à venir.

Les 150 chefs d'État et de gouvernement sont tous arrivés tôt dans la matinée au Bourget, accueillis par François Hollande, avec la question du climat imprimée dans leurs discours. Mais ils avaient aussi le terrorisme dans la tête. Barack Obama qui a atterri vers minuit à Paris a d'ailleurs souhaité se recueillir devant le Bataclan, au milieu de la nuit, avec le président de la République.

Au Bourget, c'est une minute de silence en mémoire aux victimes qui a officialisé l'ouverture des travaux de la COP21, 21e conférence sur le climat, et nombreux furent les hommages des représentants du monde au fur et à mesure qu'ils accédaient à tour de rôle à la tribune. Sans oublier l'occasion qui était offerte là à tous les grands de ce monde d'organiser des entretiens bilatéraux. À l'abri des regards, Barack Obama et Vladimir Poutine se sont ainsi entretenus durant une demi-heure.

Mais, à la lumière de l'immense tribune du Bourget, le défilé des chefs d'État et de gouvernement a ensuite donné lieu à une multiplication de propos tous plus engagés les uns que les autres en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique et d'un monde plus durable. Une telle unanimité, qu'on en serait presque à se demander pourquoi l'accord n'est pas déjà signé!

«Jamais une responsabilité aussi grande n'avait été dans les mains de si peu de gens. Le monde vous regarde»

Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies pour les changements climatiques (CCNUCC)

«Jamais une responsabilité aussi grande n'avait été dans les mains de si peu de gens. Le monde vous regarde», a rappelé Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies pour les changements climatiques (CCNUCC). Elle a été suivie par le président français qui a vite choisi de rentrer dans le vif du sujet: un «bon accord, un grand accord» repose sur «trois conditions», a déclaré François Hollande. La première consiste à «dessiner une trajectoire crédible permettant de contenir le réchauffement climatique en dessous des 2 degrés Celsius ou même 1,5 degré». La deuxième serait d'apporter «au défi climatique une réponse solidaire». «Les pays développés doivent assumer leur responsabilité historique, ce sont eux qui ont émis pendant des années le plus de gaz à effet de serre ; les pays émergents doivent accélérer leur transition énergétique, les pays en développement doivent être accompagnés dans leur adaptation aux impacts climatiques», a-t-il résumé. La troisième condition, c'est «que toutes nos sociétés, dans leur grande pluralité, diversité, se mettent en mouvement».

Responsabilité historique

«Si nous laissons de côté les intérêts à court terme peut-être pourrons-nous inverser la tendance», a plaidé de son côté le président des États-Unis qui n'a pas hésité à reconnaître la responsabilité historique de son pays dans les émissions de gaz à effet de serre, tout en rappelant au passage celle désormais encore plus importante de la Chine. «Je suis venu en tant que leader de la première économie mondiale et du deuxième pays émetteur», a ainsi déclaré Barack Obama pour dire que les États-Unis «prendront (leur) responsabilité dans sa solution». Ce à quoi quelques minutes plus tard son homologue chinois Xi Jinping répondait en insistant sur la nécessité pour les pays développés «d'être à la hauteur», notamment en ce qui concerne leurs engagements financiers pour aider les pays les plus pauvres à s'adapter au réchauffement climatique.

L'un des grands défis de cette conférence sur le climat est effectivement lié à l'aide financière. Outre la nécessité de limiter la hausse des températures en deçà de 2 °C, les mêmes chefs d'État réunis à Copenhague pour la COP15 en 2009 avaient sauvé in extremis le sommet d'un total désastre en s'engageant également à mettre sur la table 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Une somme que certains pays souhaitent même accroître après 2020.

Si presque tous les pays ont mis sur la table des engagements de réduction de leurs émissions avant de venir à Paris, les calculs montrent qu'il faudra rapidement faire des efforts beaucoup plus importants pour envisager de rester en deçà des 2 °C

Mais il reste bien d'autres questions à résoudre au cours de cette conférence. Si presque tous les pays ont mis sur la table des engagements de réduction de leurs émissions avant de venir à Paris, les calculs montrent qu'il faudra rapidement faire des efforts beaucoup plus importants pour envisager de rester en deçà des 2 °C. Cela suppose que les pays se revoient régulièrement avec l'obligation de faire des propositions plus favorables, mais aussi qu'ils soient transparents sur la mise en œuvre de ces engagements, cela suppose enfin qu'ils acceptent une forme de surveillance. Autant d'objectifs ambitieux qui ont fait redire à François Hollande mais également à la chancelière allemande Angela Merkel que l'accord final devrait être «juridiquement contraignant». Sans pour autant que l'on soit vraiment en mesure de savoir ce que cela signifie concrètement.

En venant à Paris en début de COP, l'objectif était pour les chefs d'État de donner une impulsion politique. Et surtout de ne pas renouveler l'expérience de Copenhague en 2009 où, réunis pour la clôture de la COP15, ils s'étaient retrouvés pris au piège d'une négociation qui avait tourné à vide durant quinze jours. Désormais, les négociateurs vont reprendre le flambeau pour une semaine avant de repasser le bébé aux ministres de leurs pays respectifs lundi prochain. Le 11 un accord doit se dessiner. «Le succès n'est pas encore acquis mais à notre portée», a déclaré hier le président de la conférence Laurent Fabius, condamné à l'optimisme.

Source : Lefigaro